Numéro spécial de Ciclismo A Fondo

La revue Ciclismo A Fondo (le Velo Magazine espagnol, en quelque sorte) consacre son dernier numéro, daté de juin, à la carrière d’Alejandro Valverde, à l’occasion de ses 40 ans. Avec 20 pages dédiées, on peut parler d’un numéro spécial !

A l’intérieur, annonce le magazine, les lecteurs y trouveront un grand entretien avec l’intéressé, des photos marquantes, un poster, son palmarès, l’avis de ses coéquipiers, rivaux, de directeurs sportifs, journalistes, amis, sur cette « légende » comme l’écrit en grand la revue en Une.

Le dossier sur Alejandro a été réalisé par Ainara Hernando, journaliste espagnole qui l’a interviewé à de nombreuses reprises et qui avait sorti un livre autour de sa victoire sur le Mondial. Sur son Twitter, elle confie : « Ecrire sur Alejandro Valverde et l’interviewer est toujours un plaisir : je remercie Ciclismo A Fondo de m’avoir offert ce luxe une fois de plus. Ce numéro ne propose pas seulement sa vision mais aussi celle d’autres que lui. C’est là que tu te rends compte de la magnitude et de la légende de quelqu’un d’aussi rare. Je voudrais remercier aussi tous ceux qui ont apporté leur point de vue, que ce soit Alberto Contador, Oscar Sevilla, Joaquim Rodriguez, Julian Alaphilippe, Samuel Sanchez, Imanol Erviti, Vicente Garcia Acosta, Enric Mas, ses amis et sa famille…Cela fait beaucoup de bien de constater l’affection avec laquelle tout le monde parle de lui, et le profond respect qu’ils lui témoignent. Quand tant de personnes s’accordent à souligner quelque chose à votre sujet, c’est que votre grandeur n’a pas de limites. J’espère que vous apprécierez ce numéro autant que moi en l’écrivant!« 

La revue peut être achetée sur ce lien pour 3.95 euros + 8 euros de frais de port en Europe hors Espagne. Elle est aussi disponible à l’achat sous format numérique à 2.49 euros pour être lu sur Android ou sur Ipad. J’ai effectué le paiement pour le format numérique (…j’avais lu trop vite et avais cru qu’il s’agissait du format papier – tant pis) : je n’ai pas encore reçu le fichier, mais j’imagine que cela viendra bientôt (la revue indique que le format digital sera disponible la semaine prochaine). Je vous tiendrai au courant.

De quoi patienter avant la reprise, qui se rapproche peu à peu : lundi, il ne restera plus que deux mois !

Nouvelle interview

Une interview d’Alejandro dans Marca est parue hier. Voici ce qu’il faut en retenir (pour rappel les grandes lignes de son calendrier sont désormais connues – voir article précédent et les analyses dans les commentaires) :

Sur Milan San Remo : objectif ou course de préparation ? « C’est une course très importante pour maintenir ses sensations. C’est une épreuve difficile avec des coureurs très rapides, et même si je peux y jouer un grand rôle, je crois que ce sera compliqué pour moi de jouer la gagne« .
–> Il n’en fera donc pas un objectif à part entière. Après, avec lui, on ne sait jamais – surtout sur une course pareille !

Sur la possible prolongation de son contrat : « je dois d’abord voir comment je me sens cette saison et également durant 2021. Si je me sens bien, c’est possible que j’élargisse d’une année supplémentaire, mais il n’y a rien de fait. Pour le moment je pense seulement à profiter au maximum de cette saison et de la saison prochaine ».

–> C’est bien plus logique et sage de préférer attendre de voir ses sensations en compétition. Tant mieux. Autant j’ai été très heureux de savoir qu’Alejandro prolongerait en 2021 pour permettre soit une année encore au plus haut niveau, soit une année d’au revoir à la compétition, autant je ne suis pas forcément très enthousiaste à l’idée qu’il fasse plusieurs saisons où il soit possiblement dépassé physiquement. Mais ce risque me semble donc évité.

-Il attend avec hâte qu’il soit possible pour l’équipe de se rassembler pour des stages collectifs en attendant la reprise des courses. Cela permet de bien s’entraîner collectivement, d’être plus concentré et de mieux simuler les sensations des compétitions, dit-il.

Sur la préparation : « cette situation est étrange pour tous et on ne sait pas comment s’entraînent ses rivaux. Je sais que plusieurs coureurs se sont énormément entraînés sur home trainer et cela dans le futur peut même être néfaste. Moi je me suis entraîné sur home trainer mais toujours de façon modérée. S’entraîner sur home trainer est utile pour garder des sensations et contrôler son poids, mais quand on revient en course tout ce travail sur home trainer ne se remarque pas ».

Il dit aussi : « je m’entraîne avec tranquillité. Il reste beaucoup de temps avant de courir et la saison de cette année va être très large : ça n’a donc pas de sens d’être au maximum durant cette période. Je me concentre sur un travail de force et repousse le reste pour plus tard ».

Sur l’intersaison 2020-2021 : « Cette saison va s’allonger tellement que le fait de s’entraîner excessivement aujourd’hui n’a pas beaucoup de sens, car quand on terminera l’année, il se passera peu de temps avant d’entamer la suivante. Je crois que sur le Tour un grand nombre de coureurs seront au maximum, mais se freineront un peu sur les courses suivantes en voyant le peu de temps de repos qu’il y aura avant la saison suivante ».

Sur la reprise : « La reprise peut m’être bénéfique car j’ai l’habitude de retrouver la forme très rapidement. Avec le poids des années, je remarque que c’est un peu plus difficile, mais ça reste possible que j’en bénéficie. Par exemple, Dumoulin a dit qu’il avait besoin de s’entraîner en altitude pendant un certain temps pour arriver à un bon niveau. Cette année ça ne sera pas possible et ça peut m’aider à faire un bon Tour de France ».

Sur le Mondial : « il faudra voir à quel niveau physique j’y arrive après toute cette situation et après le Tour lui-même. Le parcours est très exigeant ce qui me motive beaucoup. Comme toujours, l’idée est de le viser à 100% ».

Le calendrier de Valverde se dessine

Mise à jour : Alejandro a annoncé lui-même son programme à Eurosport Espagne en toute fin de journée !

Strade Bianche (1er août)
Milan Sanremo (8 août)
Championnat d’Espagne (23 août)
Tour de France (29 août – 20 septembre)
Mondial (27 septembre)
Flèche Wallonne (30 septembre)
Liège Bastogne Liège (4 octobre)
Vuelta (20 octobre – 8 novembre)

***

« Avec Alejandro, les sudokus ne sont pas compliqués », a déclaré Eusebio Unzue dans une interview à Europa Press, à propos de la conception de son programme pour ce qui reste de la saison 2020. Comprendre : pas besoin de se creuser la tête bien longtemps. « Où qu’il aille, il peut faire de n’importe quelle course un objectif. Cette année, il pourrait parfaitement faire le Tour et la Vuelta, certaines de ses classiques habituelles et le Mondial. S’il continue sur la lancée de ces dernières années, il n’a aucune limite à se fixer en termes d’objectifs ».

« On doit redéfinir le calendrier. L’idée initiale était que [Mas et Valverde] fassent le Tour et la Vuelta. Logiquement, avec les nouvelles dates l’objectif peut rester exactement le même. En cette fin de semaine et aux débuts de la semaine qui vient, on commencera à dessiner un calendrier qui pourra être définitif ». Il dit également que le Tour et la Vuelta sont les deux grands objectifs de l’équipe.

Voici donc a priori le plan, qui n’est pas une surprise. Reste à déterminer plus précisément quelles seront les classiques en question (ce qui dépendra aussi des décisions de chaque pays ; la tenue de l’Amstel n’est par exemple pas forcément garantie en fonction de la politique choisie aux Pays Bas). Les Strade Bianche et Milan San Remo seront-elles à son programme, en plus des ardennaises ?

Unzue a également semblé ouvert à un prolongement du contrat d’Alejandro après 2021. « Continuer en 2022 ? C’est lui le premier qui ne l’a pas écarté. C’est prématuré, mais cela montre bien clairement la façon dont il convertit une situation aussi dramatique en quelque chose de positif » estime-t-il.

Il dit aussi que le 25 octobre, date à laquelle coïncideront le chrono potentiellement décisif sur le Giro, Paris Roubaix et l’ascension du Tourmalet sur la Vuelta, sera « la journée mondiale du cyclisme ».

On apprend par ailleurs que depuis le confinement, toute l’équipe se réunit chaque jeudi en conférence en ligne dans laquelle participent entre 50 et 70 personnes (coureurs, techniciens, nutritionnistes, médecins, directeurs sportifs…) pour analyser le déroulement de la semaine et les plans pour la suivante.

Interview début mai

Alejandro était avant-hier sur Youtube à l’occasion d’une interview en visio « Movistar Team Talks » (revoir ici en espagnol). Voici ce que l’on peut en retenir :

-Il est impatient de sortir pour pouvoir s’entraîner dehors, et d’autant plus avec la chaleur qui fait son retour à Murcie.

-Il a bien vécu le confinement, n’a jamais arrêté de faire du sport chez lui (home trainer et gym), matin et après-midi, et a apprécié prendre du temps en famille. Il dit aussi qu’il a un peu utilisé l’application Zwift, où il est allé rouler (virtuellement mais avec de vrais efforts !) avec des compagnons d’entraînement de d’habitude, mais aussi avec des cyclistes du monde entier : à sa première sortie il y en avait 6000, à sa seconde 5000, et il a trouvé ça chouette.

-Il a répondu à une série de questions posées rapidement et auxquelles il devait répondre du tac au tac.
A la question « Giro, Tour ou Vuelta ? », il répond « Vuelta ».
« Course préférée ? » : « Vuelta….et Mondial ».
« Ascension préférée » : « Alpe d’Huez »
(intéressant !)
« Nombre de victoires » : « 128 » (le blog affiche 127, en aurait-on oublié une ?)
« Coureur cycliste préféré ? » : (il réfléchit) « Imanol ! » (à noter que l’intervieweur en avait parlé plus tôt)
« Avec quel coureur irais-tu faire la fête ? Et avec qui ferais-tu un voyage en vélo ? » : « Hum..avec Imanol aussi »

-Il a dit quelques mots sur la « Valverde Team » : « j’en suis super content, c’est important d’aider le cyclisme à sa base, on a commencé avec les plus jeunes, puis les cadets, puis les juniors et une équipe féminine ».

-Il est revenu sur son début de saison : « j’avais commencé un peu plus tranquillement, et il y avait des changements de matériel importants, qui ne me concernaient pas que moi mais toute l’équipe, et on était en train de s’y habituer »

-Sur la suite de la saison : « tout a changé, il n’y a plus de JO, le calendrier est bien plus concentré, resserré, mais c’est un calendrier plutôt intéressant, dont il faudra profiter quand on pourra de nouveau s’entraîner dehors, rouler en compétition, et continuer de bien faire les choses au niveau diététique, au niveau des entraînements – et également quand on pourra s’entraîner en altitude. En somme quand on pourra revenir avec les meilleures garanties possibles ».

-Il réitère qu’il y aura des surprises quand les compétitions reprendront, « en bien et en moins bien, et il faut espérer que ce soit en bien dans notre cas ».

-« Le public sur le bord des routes est ce qui nous donne de la force, de la joie. Quand on monte un col et qu’on voit qu’il est bondé, c’est très important pour nous. Mais on parle d’une pandémie, et s’il faut que les courses soient sans public, eh bien le public les regardera devant la télévision où on peut profiter quand même du cyclisme ».

-Tout en restant mesuré dans sa réponse, il est d’accord sur le fait que le secteur doit faut pousser pour que les courses reprennent sans attendre excessivement – quand les conditions l’autoriseront – pour des raisons économiques, car des emplois sont en jeu, des équipes, le secteur en somme. Il parle de la 2e vague, économique, après la vague sanitaire. « C’est clair que si on continue de ne pas courir, pour beaucoup d’équipes ça va devenir très très difficile ».

-A propos du documentaire de Netflix (dont je remets ici le lien vers le compte-rendu) : « a-t-il reflété la façon dont les choses se sont passées, dont tu l’as ressenti toi ? » : « oui », répond-il. « Pour moi, totalement, oui ». « Au début la caméra se sent, mais ensuite ce n’est plus le cas, et on voit alors bien ce qu’on fait, ce qu’on pense. Je crois que c’est un documentaire qui dit beaucoup de choses [il le répète], qui montre très bien comment les choses se passent dans l’équipe, la camaraderie, comment les choses se font. De mon côté il m’a beaucoup plu et je crois que ça a été le cas pour une grande partie de ceux qui l’ont vu ». « Il montre de belles choses, et des choses moins bonnes mais qui se sont réellement produites ». Il dit espérer qu’il y en ait un second.

-Le journaliste lui montre une couverture de journal où il apparaît aux côtés des plus grands sportifs espagnols actuels comme Nadal, et lui demande si sa victoire au Mondial a changé la donne dans sa reconnaissance. Il répond que oui, certainement, et qu’être présenté aux côtés d’autres champions est une fierté et une joie.

-A propos du Mondial de cette année : « c’est un Mondial très exigeant, qui s’adapte très bien à mon profil. Il faudra voir si ma condition physique est réellement adéquate pour ce Mondial, et faire tout ce qui est possible pour essayer d’y arriver en forme, avec un calendrier adapté. Mais oui, c’est un Mondial pour grimpeurs qui peut bien m’aller ».

-A la question « as-tu la même motivation qu’avant ? », il répond « Je suis très motivé, mais ma victoire au Mondial m’a enlevé une pression que je portais. Cette soif [en espagnol, « ansia », qui signifie aussi anxiété], je ne l’ai plus, mais ça m’apporte plus de tranquillité, moins de tension et moins de pression sur les épaules ». « Désormais à chaque course que je dispute, j’essaie de bien marcher, pour moi, pour l’équipe, mais j’essaie aussi de profiter ; je continue de viser le mieux possible, mais je veux aussi profiter. Je sais qu’il ne me reste plus beaucoup de temps à passer en tant que coureur, donc je ne vais pas me gâcher la vie si les choses se passent un petit peu mieux ou un petit moins bien. J’ai déjà obtenu beaucoup de choses, je crois qu’aujourd’hui je n’ai plus à démontrer qui je suis. Ce que je souhaite, c’est apporter mon expérience à l’équipe, apporter tout ce qui peut aider à gagner, et si je peux gagner, c’est parfait ».

Quelles courses aimerait-il gagner avant sa fin de carrière ? Il répond bien sûr les JO, si sa condition physique lui permet, mais il cite directement ensuite le Tour de Lombardie, « une course précieuse qui peut, je crois, être dans mon palmarès. C’est difficile bien sûr mais elle peut l’être ».

Y a-t-il des courses qu’il garde en tête comme frustrantes, notamment parce qu’il aurait pu les gagner ? « Oui il y en a deux : le Tour de Lombardie et l’Amstel Gold Race. Ce sont deux courses où j’ai été sur le podium plusieurs fois, où j’ai été très proche de la victoire, mais où la victoire m’a toujours échappé pour une raison ou pour une autre ».

-Sur sa date de fin de carrière : « s’il ne s’était pas passé ce qui s’est passé, je dirais que 2021 est bien ma dernière année, que je crois que c’est bien, que je n’aurai pas 41 ans, et qu’il n’y a pas besoin d’étendre plus ma carrière. Mais avec ce qui s’est passé, je ne sais pas si 2021 sera ma dernière année. J’en parlerai peut-être à Eusebio pour prolonger d’une année supplémentaire, ou une demi année supplémentaire, ou à voir. Je ne l’écarte pas. On verra ». « Il faudra aussi voir comment mon corps réagit [à la reprise des compétitions] et voir comment je me sens ».

Feliz cumpleaños, Alejandro

Alejandro fêtera ses 40 ans ce samedi : on a presque peine à y croire, pour un coureur entré dans le gotha du peloton à 23 ans, en 2003, qui a ensuite tenu son rang saison après saison avec une régularité unique au plus haut niveau, et qui est aujourd’hui, 17 ans plus tard (!), encore dans le top 5 des classements des meilleurs coureurs actuels (UCI comme CQRanking), encore autant admiré dans le peloton, cité comme modèle de coureur par plusieurs jeunes talents appelés à prendre la relève, et encore aussi central dans une équipe Movistar dont il est le capitaine de route bien au-delà de son seul statut de vétéran.

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Dans les coulisses de la Movistar

Le documentaire de 6 épisodes produit par Netflix sur la saison 2019 de la Movistar est sorti cette semaine. Il est passionnant. C’est un document précieux : il contient un grand nombre de séquences inédites car internes à l’équipe, et donc rares, qui-plus-est sur une équipe qui a connu cette saison-là des hauts (Giro en premier lieu) et des bas (Tour en premier lieu).

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